Dîner exploratoire, le 18 septembre à 20h30
HiFlow organise son prochain dîner exploratoire orchestré par l’artiste et Cheffe Virginie Morillo.
Faisant écho à la performance SOUFFLE #3 et à l’installation RIFT de Séverin Guelpa, ce dîner propose un moment de découverte et d’échange autour d’une création culinaire imaginée en résonance avec l’univers de l’œuvre.
Organisé à l’issue du vernissage, il prolonge l’expérience artistique en invitant les participant·es à explorer, par le goût, les thèmes de la matière, du territoire et de la transformation.
«L’idée est de reconstruire un paysage – voyage gustatif – à partir de la collection de fragments d’idées. Déconstruire le concept du restaurant. Partager un moment vivant. Comme une oeuvre éphémère.»
– Virginie Morillo

Créations culinaires par l’artiste et Cheffe Virginie Morillo
Après des études à la HEAD en peinture, installation-performance, je suis partie deux ans au Mexique: apprendre.
Cette soif, cette passion pour les techniques artisanales voir ancestrales qui communient avec la cuisine.
Depuis quelques années, j’ai développé l’envie de travailler la nourriture, la table, la terre, comme source d’inspiration et pouvoir transmettre des sensations gustatives. Un nouveau moteur de recherche, ou une sorte de laboratoire éternel du partage.
Et sans doute suite à un intérêt pour la cuisine développé très tôt avec mon père chef pâtissier. Il m’interdisait de cuisiner car mes recettes ressemblaient plus à des potions magiques à base de plantes du jardin. Je souris car ma mère en cachette me laissait l’accès à la cuisine dès le départ de mon père pour le travail. J’ai toujours vu mon père aller chercher le poisson dans le petit village de pêcheurs sur les rives du lac à Nyon. Longtemps, j’ai pu observer le vidage des entrailles, les yeux encore humides du poisson qui allait être bientôt enrobé de vétustes robes aromatiques.
Il est vital de manger et de bien sélectionner les produits, en lien avec son terroir, la Mère Terre.
Je fais de mon dernier voyage en Amazonie, une nouvelle palette de saveurs. Passer sa main dans la terre humide, cueillir des graines, cultiver les légendes, écouter la faune et surtout entendre respirer une Terre saine.
Dans la mythologie Yukuna, les plantes sont considérées comme des êtres humains, et ces derniers nouent des alliances avec elles pour la perpétuation de leur culture et de leur société. À l’origine, chaque famille indigène reçut une graine d’une plante particulière, qui allait devenir son emblème culturel.
Grâce aux échanges commerciaux et aux alliances matrimoniales entre les groupes, ces graines se sont dispersées sur tout le territoire. Dans le Chagra (le jardin traditionnel), les différentes plantes symbolisent les règles de parenté et de réciprocité. C’était très enrichissant d’étudier, et mieux comprendre la nature, ainsi que le savoir ancestrale de la médecine amazonienne.


L’idée est de reconstruire un paysage – voyage gustatif – à partir de la collection de fragments d’idées. Déconstruire le concept du restaurant. Partager un moment vivant. Comme une oeuvre éphémère.
Il y a une part de ludique dans l’acte de cuisiner, comme réinventer une nouvelle manière de travailler les aliments ou encore de présenter chaque recette comme une mini sculpture. Enlever tous les chichis aller à l’état brut.
Tout de suite de le travail de Séverin m’a séduit. Le choix des éléments présents dans son oeuvre. Le coté massif et hostile des pierres face à la fragilité des voix, des interventions.
Et son intérêt pour la nature, celle qui fait trembler la vie. Je connaissais mal ses créations, bien qu’ayant tous les deux suivi le programme workmaster à la Head, j’ai récemment découvert son univers, ses pièces et ses voyages. Il y a cette même envie d’exploration dans nos travaux, de mêler autant la performance sonore que visuel, en mettant en relation les hommes et la nature.
Séverin Guelpa
Né en 1974 à Genève, Séverin Guelpa est un artiste visuel contemporain qui vit et travaille à Genève. Son travail prend racine dans des territoires fragiles, exposés ou menacés, des lieux où les tensions entre nature, ressources, économie et survie humaine se manifestent avec une acuité particulière.
À une époque marquée par les bouleversements climatiques, l’épuisement des ressources et l’accélération de la circulation de la matière et de l’énergie, Séverin Guelpa développe une pratique à la fois engagée et sensible, dans laquelle le paysage devient matière et la matière devient langage. Depuis plusieurs années, il parcourt déserts, régions arides, zones industrielles et territoires en mutation, à la recherche d’une vérité à la fois physique et poétique.
Sa démarche repose sur l’immersion, souvent à travers des résidences de longue durée ou des expéditions. Il s’installe dans un lieu, l’observe, collecte et documente. À la croisée du geste artistique et de la recherche de terrain, il explore la complexité d’un territoire par l’image fixe et en mouvement, l’enregistrement sonore ainsi que la collecte de matériaux bruts, pierre, terre, minéraux, eau ou métal, qui sont ensuite réintroduits dans ses installations. Chaque œuvre devient ainsi l’empreinte directe d’un lieu, transformant ses forces telluriques en un vocabulaire artistique singulier.
À travers ses projets, Guelpa interroge les relations entre nature et culture, les formes de résistance et d’adaptation, ainsi que les tensions entre fragilité et puissance. En donnant corps à la matière et voix au silence, il crée des environnements sensibles où sculpture, installation, architecture et film immersif se rencontrent. Son travail invite moins à représenter le monde qu’à en faire l’expérience, à travers des dispositifs à grande échelle qui engagent physiquement le visiteur et l’encouragent à se déplacer, écouter et habiter l’espace.
Après des projets réalisés dans le désert de Mojave (2014–2017), sur le glacier d’Aletsch (2016–2018), dans l’archipel des Kerkennah en Tunisie (2017) ainsi que dans plusieurs villes suisses, MATZA, la plateforme collective qu’il a fondée, a étendu ses activités à la Colombie (Medellín et Cúcuta) et au Kenya (Nairobi) entre 2022 et 2023. Aujourd’hui, Séverin Guelpa partage son temps entre le désert de Mojave en Californie, les Alpes suisses et le Salar d’Atacama au Chili, poursuivant son exploration des territoires extrêmes et des paysages façonnés par l’extraction des ressources.
Depuis 2014, Séverin Guelpa a été invité à participer à de nombreuses expositions, biennales et manifestations internationales majeures. Son travail a notamment été présenté au Palais de Tokyo à Paris et au Museu do Amanhã à Rio de Janeiro, ainsi que dans plusieurs biennales internationales, notamment en Mongolie, à Athènes et à Larnaca (Chypre). Ces invitations témoignent de la reconnaissance d’une pratique qui place la matérialité et le territoire au cœur des enjeux de l’art contemporain.
Initialement formé en sciences politiques, Séverin Guelpa a ensuite obtenu un Master en arts visuels à la HEAD – Haute école d’art et de design de Genève. Depuis lors, il est régulièrement invité à parler de son travail et à conduire conférences, ateliers et interventions dans de nombreuses institutions, universités et écoles d’art en Suisse et à l’étranger.


